Historique du Charles de Gaulle (année 2001)

Encore une visite de marque pour le porte-avions avec la venue de la baronne Symons, DGA britannique le 11 janvier, accompagnée de son homologue français, Jean-Yves Helmer, délégué général pour l'armement. Le 24 janvier, les travaux visant à adapter sur le porte-avions les hélices qui équipaient jusqu'à présent les deux anciens porte-avions Clemenceau et Foch sont entrepris dans les ateliers de mécanique de l'entreprise seynoise Entrepose CPM. Ainsi, après un premier contrôle de la géométrie générale de ces éléments de propulsion, les travaux qui consistent en un « simple » usinage des faces avant et arrière des hélices de rechange commencent. Le 30 janvier, les expertises techniques menées sur le porte-avions montre que les lignes d'arbres sont en bon état.


Des hélices des stocks de réserve de ses prédécesseurs ont été montées provisoirement sur le Charles de Gaulle (photo © MN)

Un exercice de sécurité nucléaire se déroule le 6 février à bord. Il permet de mettre en action le personnel de la chaîne sante chargé du traitement des blesssés simulés (infirmeries, HIA Sainte-Anne, Smur, pompiers) et d'étudier les réactions des cellules technique, logistique et information.

Les hélices du Clemenceau équipent le Charles de Gaulle

Le CDG sort de son bassin d'entretien le 5 mars (l'opération de mise en eau du bassin, dans lequel il se trouvait, avait débuté le 1er mars), équipé de 2 hélices des stocks de réserve de ses prédécesseurs Clemenceau et Foch et regagne le quai Vauban.


Le Charles de Gaulle est depuis 2000 en but aux critiques (Le Parisien).
Le porte-avions appareille le 26 mars peu avant 14h30 de Toulon, pour une série d'essais au large des côtes varoises. Il rentre le 5 avril aux environs de 18 heures. Le PAN, lancé à plein régime, a atteint la vitesse de 25,2 nœuds (plus de 46 km/h). Les pilotes de Super Etendard modernisés ont repris l'entraînement. Quatre appareils ont été appelés à armer le porte-avions nucléaire dans le cadre d'essais en mer, avant d'être remplacés par le Rafale. Une centaines de catapultages et d'appontages ont été effectués. Le CDG a également effectué avec succès des essais de stabilité de route et de tenue par mer forte. Pendant ce temps, les premiers travaux de moulage de 2 des 4 nouvelles hélices du porte-avions sont entamés à la mi-avril à Nantes par Atlantic Industrie qui veut relever le défi : terminer en 14 mois 2 des 4 nouvelles hélices du porte-avions. Concernant l’incendie d’un baraquement voisin du site de Beaulieu, Luc Lajoye, directeur général d’un groupe précise que "Ce seraient des gens du voyage qui auraient mis le feu. On serait donc bien loin d’une affaire d’espionnage..."

Le porte-avions devra repasser au bassin à l'arsenal de Toulon, lors d’une période d’entretien qui avait déjà été planifiée (entre juillet et octobre), après la détection de bruits importants et gênants pour l'équipage lors du fonctionnement de son hélice bâbord. Il est apparu, dans la plage des vitesses qui se situent entre 10 et 18 nœuds, des bruits de cavitation de l'hélice bâbord. Une partie de l'équipage vivant à l'arrière, dont une trentaine de jeunes femmes, a dû déménager. En temps normal, le niveau de bruit toléré est de 65 décibels, or il atteint les 100 décibels à l'arrière du bâtiment. Il s’agit d’un phénomène hydrodynamique banal qui a été rencontré par le passé sur les porte-avions Clemenceau et Foch. Il n’y a aucune incidence sur l’emploi opérationnel du bâtiment.

Première escale à Marseille

Le 5 mai, le porte-avions accoste au poste 163 du port autonome de Marseille, pour une escale de routine de 2 jours, qui constitue la première escale à quai de son histoire. A cette occasion , M. Jean-Claude Gaudin, Maire et vice-président du Sénat est reçu à bord.

Le porte-avions Charles de Gaulle est admis au service actif le 18 mai 2001. Il est désormais disponible pour remplir toutes les missions qui peuvent lui être confiées.

Du 21 mai au 1er juin, le bâtiment participe en Méditerranée à Trident d'or, un exercice franco-italien rassemblant 75 bâtiments d'une dizaine de nations au large de la Corse et de la Sardaigne, articulés en trois Task Group autour du Charles de Gaulle et des porte-aéronefs italiens Garibaldi et espagnol Principe de Asturias. Sont associés la Stanavformed, l'Euromarfor, le Force Navale Franco Allemande. Malgré des débuts un peu difficiles, dûs principalement à des problèmes de transmission, l'exercice est un succès. Quant au porte-avions Charles de Gaulle, son « baptême du feu » a lui aussi été une réussite.


Le porte-avions Charles de Gaulle au bassin à Toulon (juillet 2001).

Le capitaine de vaisseau Richard Laborde prend le commandement du porte-avions lors d'une cérémonie traditionnelle de présentation à l'équipage, le 1er août. Après avoir été commandant en second du porte-avions nucléaire, il succède ainsi au capitaine de vaisseau Guillaud.

Incident radiologique

Quelques jours après les attentats du World Trade Center à New-York, la presse révèle le 16 septembre que le réacteur avant du porte-avions affiche une radioactivité un peu supérieure à la valeur normale de fonctionnement, bien que l'on soit encore très loin des maximums autorisés. Les experts pensent que la gaine - première barrière de confinement - de l'un des quelque cinq cent mille éléments de combustible du réacteur avant doit présenter une certaine porosité. Si jamais cette gaine venait à se dégrader totalement, la radioactivité demeurerait de toutes facons à 20 unités en dessous des 100 que les instances de sureté nucléaire se sont fixées comme barrière fatidique. Au début du mois de septembre 2000, le SNA Saphir avait été confronté à un problème similaire et le cœur du réacteur avait été changé.


Le porte-avions Charles de Gaulle au bassin à Toulon (août 2001).
Alors que les américains préparent une risposte aux attentats du World Trade Center (11 septembre), sous la forme d'un engagement militaire en Afghanistan (opération Liberté immuable) pour rechercher les auteurs désignés des attentats et leur chef, Oussama Ben Laden, le manque de capacités militaires que peut déployer l'armée française est mis en cause par la plupart des médias. Dans le même temps, un rapport de la Commission de la Défense juge insatisfaisant l'entretien de la flotte. Le Charles de Gaulle, alors au bassin, est montré du doigt. Lors des questions d'actualités à l'Assemblée Nationale, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing parle d'un "demi-porte-avions".

Pendant le mois de septembre, le porte-avions, à quai à Toulon, reçoit la visite de nombreuses personnalités civiles et militaires : le rear-admiral James Burnell-Nugent ; M. Paul Roncière, secrétaire général de la Mer, le VA Yves Lagane, sous-chef d'état-major opérations et le chef d'état-major des armées singapouriennes, le général de corps d'armées Lim. Les visiteurs ont été accueillis par le VAE Jean Moulin, Alfan et le CV Richard Laborde, commandant le Charles de Gaulle.

Parrainage par la ville de Paris


Bertrand Delanoë et le capitaine de vaisseau Richard Laborde ont officialisé, le 9 octobre, le parrainage entre la ville de Paris et le Charles de Gaulle

Le parrainage entre la ville de Paris et le porte-avions Charles de Gaulle est officialisé, le 9 octobre, avec la signature de la charte à l'hôtel de ville de Paris par Bertrand Delanoë et le capitaine de vaisseau Richard Laborde. Aucun élu écologiste, ni communiste, ne participe à la cérémonie à laquelle s'était joint en revanche André Santini, maire d'Issy-les Moulineaux, venu en qualité de président du réseau des villes marraines d'unités de l'armée.

Ce parrainage marque l'aboutissement d'un long projet, initié entre 1986 et 1988 par Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris. On se souvient que le 25 avril 1994, le conseil de Paris avait approuvé à l'unanimité de faire parrainer le porte-avions par la Ville de Paris, ville « compagnon de la Libération ». Mais durant le chantier, émaillé par les inévitables difficultés inhérentes à un tel bâtiment, le parrainage n'avait pas connu de réalité concrète. Cependant, les capitaines de vaisseau Wilmot-Roussel, Guillaud, le CRC2 de La Folye de Joux et le capitaine de vaisseau Xavier Laverdant, chargé de mission au cabinet de monsieur Jean Tibéri alors maire de Paris, avaient déjà préparé l’essentiel de la planification du parrainage entre 1995 et 2001 et même démarré certains projets.

Le 11 octobre 2001, le Cassard participe à la réalisation d'une première française en réalisant un réseau liaison 16 (liaison moderne de transmissions de données sécurisées haut débit, dédiée principalement à la lutte anti-aérienne) à six intervenants. Participe à ce réseau, outre le Cassard, le Charles de Gaulle, un E2C de la 4F, deux E3F de l'armée de l'Air et le simulateur E3F d'Avord (Cher). Ce réseau permet d'établir la situation aérienne en temps réel du sud de l'Angleterre à la Méditerranée. De plus, toutes ces informations étaient retransmises en temps réel vers le Jean Bart via une liaison 11 plus classique. L'accès du Cassard à cette technologie donne à la Marine la possibilité de participer au meilleur niveau aux opérations interalliées grâce au triptyque PAN - E2C - FAA/L16.

Le vendredi 12 octobre, trois mois après son entrée en cale sèche, le Charles de Gaulle quitte le bassin Vauban de l'arsenal de Toulon. Pendant cette période d'entretien et de réparation, il a été procédé, en particulier, à la vérification de la ligne d'arbre bâbord. La pièce de secours, prélevée sur le Clemenceau, fonctionne. Il reste encore un mois de travail sur le porte-avions pour boucler la période d'entretien programmé.

En visite à Toulon , le président de la République survole en hélicoptère le Charles de Gaulle, au mouillage dans la rade de Toulon, puis se pose sur le pont arrière du Siroco. Jacques Chirac est accueilli par l'amiral Jean-Louis Battet, chef d'état-major de la marine. Hasard du calendrier, le Charles de Gaulle entame le 8 novembre une période de 3 semaines d'essais et d'entraînements en mer. Le PAN a fait l'objet de « 15.000 travaux d'entretien de toutes sortes » au cours des quatre derniers mois.

Drame à bord : un marin sombre dans un coma profond

Le 8 novembre, les quartier-maîtres Franck Froehlinger et Sébastien Pisani interviennent sur le système de stokage et d'évacuation des eaux usées, non vidangé préalablement. La défaillance d'un clapet anti-retour libère brutalement une quantité importante de sulfure d'hydrogène, gaz dont la toxicité est potentiellement létale. L'un des marins perd connaissance, victime de l'émanation accidentelle du gaz toxique. L'autre qui travaillait à proximité, voulant porter secours à son camarade inanimé, s'évanoui à son tour. Le service médical du bord leur prodigue les premiers soins, avant leur évacuation par hélicoptère vers l'HIA Sainte-Anne de Toulon. Le premier marin est légèrement atteint. Mais le deuxième, Sébastien Pisani (23 ans), subissant une asphyxie profonde, sombre dans un coma dont il ne sortira probablement jamais (ndrl : en 2007, il y était encore)

Risposte alliée en Afghanistan : Nom de code « Héraclès »

Le 21 novembre, la France décide d'envoyer le porte-avions dans l'océan Indien à la mi-décembre, dans le cadre de la riposte alliée en Afghanistan.


En route vers la mer d'Oman

M. Raymond Forni, président de l'Assemblée nationale se rend à bord du Charles de Gaulle, à Toulon, le 29 novembre. Cette visite a été suivie, le 30 novembre 2001, par celle du maire de Paris. M. Bertrand Delanoë qui a visité le bâtiment avant de prendre place dans un Super Etendard.


Le CDG appareille le 1er décembre.
La task force 473 (2900 hommes), placée sous commandement du contre-amiral François Cluzel, appareille le 1er décembre. Elle est composée du porte-avions Charles de Gaulle, des frégates La Motte-Picquet, Jean de Vienne, Jean Bart, du sous-marin nucléaire d'attaque Rubis, du pétrolier ravitailleur Meuse et de l'aviso Commandant Ducuing. Sur le plan aérien, le porte-avions embarque 16 Super Etendard des flottilles 11F et 17F, un des deux Hawkeye de la 4F, deux Rafale dont le nombre pourrait être revu à la hausse en cours de mission, ainsi que des hélicoptères pour assurer la logistique.

Traversée du canal de Suez.

Le rôle du groupe aéronaval français, positionné au sud-ouest de la ville pakistanaise de Karachi, sera d'accompagner la « deuxième phase » de lutte contre les réseaux terroristes, le Charles de Gaulle et son escorte vont participer au contrôle de mers « par lesquelles transitent tous les trafics», assure un officier. Il s'agit en particulier d'éviter que des membres d'Al-Qaeda utilisent des bateaux pour se rendre en Somalie, au Yémen ou ailleurs, à partir du Pakistan ou de l'Iran.

Le Charles de Gaulle franchit le canal de Suez le 11 décembre 2001 avant de faire route vers l'Océan indien. . A cette occasion, le bureau des sports du PAN a organisé un marathon de 6 heures, baptisé "les six heures de Suez" où les équipes des services sécurité, propulsion et la flottille 17F se sont partagé les lauriers. Par ailleurs durant son transit dans le Canal, à la hauteur d'Ismallia, une cinquantaine d'élèves de l'école française de la ville égyptienne a saluée a sa manière le passage du porte-avions en brandissant un drapeau français confectionné avec l'aide de t-shirts. En retour le PAN les a salué par un coup de sirène prolongé.


Le ravitailleur Meuse en ravitaillement avec le CDG.
15 décembre : Record battu pour le porte-avions et son ravitailleur le PR Meuse. En effet le porte-avions a battu tous ses records de charges avec son ravitailleur. Toutes les 105 secondes, plus de 200 kilos de fret et de nourriture arrivaient à bord et étaient immédiatement engloutis dans les soutes du navire.

En 48 heures, du 17 au 19 décembre 2001, le Charles de Gaulle, ses aéronefs et son escorte sont intégrés au sein d'une force internationale aux côté des groupes américains du Théodore Roosevelt et du John C. Stennis, ainsi que du groupe italien du Giuseppe Garibaldi. Cette force compte plus de cent navires (américains, canadiens, britanniques, allemands, italiens, néerlandais, australiens, espagnols, japonais, etc.). Le commandement interallié basé à Bahreïn permet d'intégrer la TF473 dans le dispositif.

Les Super Etendard effectue leurs premières missions aériennes d'appui le 19 décembre au-dessus de l'Afghanistan. Se ravitaillant trois ou quatre fois par mission pour pouvoir effectuer des vols d'environ 3000 km, ils prennent des photos ou restent en couverture sur zone durant les bombardements au sol. Les avions français sont intégrés dans le dispositif américain. Ils reçoivent leur plan de vol du CAOC (Combined Air Operations Center) américain en Arabie Saoudite. Les Super Etendard travaillent par binôme : le premier désigne l'objectif avec un laser au second qui larguerait alors une bombe guidée laser (BGL) de 250 kg.

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Jean-Michel Roche pour Net-Marine © 2001. Copie et usage : cf. droits d'utilisation ; Sources : Communiqués de presse, presse nationale et régionale.


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